Le sommet organisé les 10 et 11 février par Emmanuel Macron sur l’intelligence artificielle (IA) s’inscrit davantage dans une logique de communication pour séduire les investisseurs privés qu’il ne permettra à la France et à l’Europe de construire une stratégie visant le développement d’une IA éthique au service de l’humanité.
Les 109 milliards d’euros annoncés se concrétiseront-ils et, surtout, profiteront-ils à l’économie française et européenne ?
On peut en douter. La moitié de l’argent annoncé reposant sur deux fonds, MGX à base émirati et Brookfield à base canadienne, qui investiront uniquement dans la création de data centers, avant tout dans une logique financière au service du capital et non industrielle.
La mobilisation de telles sommes montrent que l’argent existe pour financer des projets mais la France ne doit pas laisser la main au capital financier pour piloter ces projets !
Alors que notre pays vit un véritable effondrement industriel menaçant des centaines de milliers d’emplois, l’heure est à sortir des logiques financières pour élaborer, en matière d’IA comme dans tout domaine, de véritables projets industriels portant sur l’ensemble de la chaine de valeur pour garantir notre souveraineté assortis d’engagements précis sur l’emploi, la formation, la recherche, le respect de l’environnement.
Que vaut en effet l’ambition de souveraineté au regard des coupes budgétaires dans l’enseignement supérieur et la recherche dans le budget 2025 ou encore la suppression des avantages fiscaux liés à l’embauche de doctorant·es ?
Cette souveraineté est d’autant plus importante qu’elle doit nous permettre de développer notre propre modèle d’IA pour sortir d’une utilisation capitaliste qui exacerbe l’exploitation par une intensification du travail comme on le constate dans la logistique, les logiques guerrières comme l’a montré son utilisation récente par l’armée israélienne ou encore les dégâts environnementaux par la concentration des moyens sur des modèles très consommateurs d’énergie et d’eau. Que valent les promesses d’une éthique au regard des dérives actuelles et du discours du président de la République affirmant que l’encadrement règlementaire freine l’innovation ?
La France doit au contraire se donner les moyens de construire son propre modèle d’intelligence artificielle fondé sur la coopération, l’intérêt général et les biens communs et de planifier son développement. Les récents modèles d’IA open source, issus de collaborations internationales, montrent une voie possible : celle d’un numérique démocratique, au service de toutes et tous.
Cela implique :
- Un débat national sur ses usages souhaitables et ses dangers et l’élaboration d’un cadre contraignant pour éviter ses dérives.
- Une IA décentralisée et démocratisée, économe en ressources, respectueuse des droits fondamentaux, au service du progrès social et démocratique.
- Des dépenses pour la recherche publique et les services publics, l’emploi et la formation, notamment en mobilisant la création monétaire, pour faire de l’IA un levier d’émancipation.
Comme en témoigne l’utilisation de l’IA dans la santé, elle peut représenter un immense atout ! Plaçons l’IA au service de l’Humanité pour relever les défis sanitaires, sociaux et environnementaux.
Paris, le 10 février 2025
Parti communiste français